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L'Asie centrale de Tamerlan (1370-1507)

Par Monsieur Marc TOUTAN du CNRS
Le samedi 13 novembre 2021 à 14h30 (Palais de la Culture)

Si le nom de Tamerlan évoque pour le grand public des images de fleuves de sang et de monceaux de crânes, il en va tout autrement pour les historiens de l'art et les autres spécialistes de cette période. Le royaume timouride, fondé par le conquérant dans un monde bouleversé par le cataclysme mongol, devient progressivement le théâtre d'une véritable « Renaissance » qui n'a alors rien à envier à celle que connaissent les États européens à la même époque. Un formidable essor scientifique, artistique et culturel fait de Samarcande une cité renommée dans tout le monde musulman pour son architecture monumentale et les calculs de son observatoire astronomique. Et Hérat (aujourd'hui en Afghanistan), la seconde capitale, est quant à elle significativement qualifiée de « Florence de l'Orient ».

Dernier grand conquérant nomade, Timour (le véritable nom de Tamerlan) n'est en ce sens pas l'ultime avatar de Gengis Khan. À la différence de celui qui a pu représenter pour lui un modèle, Timour ne règne pas sur le monde des steppes. Il s'en rend maître mais n'aspire pas à les gouverner. Ce sont les oasis qui constituent le cour de son domaine. Il y fait donc ériger des palais, des mosquées, des mausolées madrasas qui comptent parmi les chefs-d'ouvre de l'architecture médiévale. Mais il est aussi soucieux de prospérité économique et fait construire des caravansérails, des routes, des ponts pour favoriser les échanges commerciaux. En transférant de grandes quantités de richesses, d'artisans et de savants à Samarcande, il fait de la Transoxiane le foyer d'une des plus hautes expressions de la culture perso-islamique. Dès la mort de Timour, ses fils et petits-fils perfectionnent cette matrice esthétique pour faire de « la culture timouride » un modèle qui inspirera les Ottomans, les Safavides de Perse et les Grands Moghols d'Inde.

Avec le règne de ce bâtisseur de civilisation qu'est Tamerlan l'Asie centrale occupe une nouvelle place. Longtemps sise au carrefour des mondes chinois, perse, mongol, turc et russe, elle ne constitue plus désormais la périphérie mais le centre d'un empire.


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