Jaquette du livre Le masque de fer de Jean Christian Petitfils

 

Le marquis de Saint Mars

Le Marquis de Saint Mars

 

Affiche de film L'homme masqué

Jaquette du livre Le secret du masque de fer de Marcel Pagnol

 

 

Jacquette du livre Louis XVI de Jean Christian Petitfils

 

 

 

 

 

 

 

 

Fouquet

Fouquet, Intendant du roi

 

Colbert

Colbert

Louis XIV

Louis XIV

Henriette-Marie de France

Henriette-Marie de France

 

 

 

 

 

 

compte rendu

L'énigme du masque de fer

Compte-rendu de la conférence de Monsieur Jean Christian Petitfils

En 1687, en plein règne de Louis XIV, un mystérieux prisonnier d'État était conduit au fort de l'île Sainte-Marguerite (au large de Cannes), avec un " masque d'acier " sur le visage.
Onze ans plus tard, ce même détenu était transféré à la Bastille, avec cette fois un masque de velours noir.
Il y mourut en 1703 sans que son identité ait pu être percée.

Nul n'avait le droit de l'approcher ni de lui parler, hormis son geôlier, le marquis de Saint-Mars, ancien mousquetaire, nommé sur la recommandation de d'Artagnan, gouverneur du Donjon de Pignerol lors de la condamnation du surintendant Fouquet lequel y est enfermé, en 1665. M. de Saint-Mars

Cette troublante énigme historique n'a cessé depuis le XVIIIe siècle de piquer la curiosité des historiens
et des romanciers. Plus de mille études lui ont été consacrées, sans compter les romans, les poésies,
les films ou les bandes dessinées.

Quant aux hypothèses, on en dénombre plus de 50. La plus célèbre - mais certainement la plus invraisemblable - fait de cet inconnu un frère jumeau et clandestin du roi, masqué à cause de sa trop frappante ressemblance. C'est la version de Dumas dans son Vicomte de Bragelonne. On a parlé également du surintendant Fouquet, du duc de Beaufort, du duc de Vermandois, du duc de Monmouth, et même de Molière et de d'Artagnan... Longtemps on a cru pouvoir identifier l'inconnu masqué avec un agent double, le comte Matthioli ; malheureusement les dates ne coïncident pas.

Reprenant le dossier complet de cette affaire, examinant méthodiquement les documents d'archives (notamment les correspondances des prisons), l'historien Jean-Christian Petitfils nous a exposé lors de sa conférence, les certitudes auxquelles on parvient.
Il s'agissait ni d'un grand prince ni d'un grand seigneur, les sommes allouées à ses dépenses de captivité étant fort modestes, mais d'un valet qui avait servi l'ancien surintendant Fouquet au donjon de Pignerol et qui s'appelait Eustache Danger. Un simple valet, certes, mais détenant un grave secret, si important à l'époque que le ministre Louvois avait demandé à Fouquet, alors en prison, de se taire car, lui écrivait-il " vous savez de quelle conséquence il est que personne ne sache ce qu'il sait ".
M Petitfils donne sa version de ce secret : Le valet aurait certainement été détenteur d'un secret d'État. Valet de Fouquet, il aurait pu être au courant d'un projet d'assassinat de Colbert par Louvois ? Valet de la Cour d'Angleterre, de la possible conversion du roi au catholicisme... ? Selon l'historien le marquis de Saint-Mars, en manque de reconnaissance aurait masqué ce captif et fit croire à tous que c'était un personnage de très haut rang, créant ainsi l'un des mythes les plus féconds de notre histoire.

Jean-Christian PETITFILS, historien de l'Ancien Régime, est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont, chez Perrin, deux biographies de Louis XIV et Louis XVI, respectivement couronnées par l'Académie Française et l'Institut.

Il vient de faire paraître un roman d'Histoire, La Transparence de l'aube (Perrin), écrit dans la langue du Grand Siècle, et un Louis XIV expliqué aux enfants (Le Seuil).

Pendant trois siècles, toutes les hypothèses ont été formulées sur le compte d'un homme celle d'un prisonnier masqué, qui n'avait pas le droit de révéler son identité et qui mourut sous le règne de Louis XIV, à la Bastille.

"Un prisonnier dont nul ne sait le nom, dont nul n'a vu le front, un mystère vivant, ombre, énigme, problème." (Victor Hugo)

Quelques hypothèses ?
Un frère de Louis XIV : le roi aurait décidé de le faire emprisonner et masquer pour continuer à régner ?

Là encore plusieurs hypothèses :
Celle du frère ainé de Louis XIV ?
C'est Voltaire qui l'évoque le premier en 1751 dans " Le siècle de Louis XIV ", il fait de ce prisonnier le symbole du despotisme de la monarchie absolue.

Celle du frère jumeau de Louis XIV ? Thèse de l'abée Soulavie reprise par Alexandre Dumas. Or les accouchements des Reines de France se faisant "en public", donc……. !!

Celle d'un fils illégitime d'Anne d'Autriche et de Mazarin ?

Le comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de Louise de la Vallière. Emprisonné sur ordre du roi pour avoir souffleté son demi-frère, le dauphin ?
Cette thèse est publiée en 1745 dans un pamphlet intitulé Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse (1745).
Mais on aurait retrouvé le corps du comte, inhumé dans le chœur de la cathédrale d'Arras.

D'autres hypothèses………..

Le comte Ercole Matthioli ? Un proche du duc de Mantoue chargé de négocier, en secret, l'achat par Louis XIV de la place forte de Casal qui ouvrirait à la France la route de l'Italie du Nord.
Agent double, ayant révélé la négociation secrète, Louis XIV le fait emprisonner pour avoir trahi sa confiance. Le registre d'écrou du cimetière Saint-Paul où fut inhumé le corps du Masque de fer porte en effet le nom de "Marchiali" ou "Marchioly", déformation du patronyme du comte Ercole Matthioli.
Matthioli a bien existé et a bien été emprisonné, d'abord à Pignerol forteresse française située entre Briançon et Turin puis à Sainte Marguerite où il meurt en 1694, donc bien avant le Masque de fer. A t on voulu de brouiller les pistes ?

L'hypothèse Fouquet, intendant du Roi Soleil, emprisonné à Pignerol en 1664 pour détournement de fonds.
Il y mourut officiellement en 1680, date à laquelle le Masque de fer entra dans cette même prison. De là à penser que le surintendant et le Masque de fer ne firent qu'un. Car à partir de 1680, sur ordre de Louvois, on lui aurait imposé un masque et l'isolement afin d'éviter qu'il ne joue de ses relations pour obtenir sa libération.
L'hypothèse est avancée par l'historien Pierre-Jacques Arrèse, dans les années 1970.

Pourquoi Eustache Danger n'a t-il pas été exécuté ?

Il faut savoir, comme l'explique très bien monsieur Petitfils dans le chapitre 7 de son livre, « du danger du secret au secret de Danger » sur le Masque de Fer, que les condamnations à mort ou les assassinats politiques ordonnés par le Roi étaient exceptionnels.

On ne peut citer que des conspirateurs ou des auteurs des crimes importants de lèse Majesté.

Selon la formule de Colbert « Sa volonté est que quiconque est né sujet et obéisse sans discernement... La révolte de ses sujets est toujours infiniment criminelle ».

Mais le respect de la vie s'inspire et obéit aux principes des Saintes Ecritures, or le Roi représente Dieu sur la Terre. Il garantit les droits de ses sujets. Il ne veut pas être accusé (notamment par l'Eglise, les évêques ou le Pape) d'avoir porté atteinte, sans justification sérieuse, à la vie d'autrui.
En l'espèce, même Fouquet, accusé en 1661 de malversations et complot, est emprisonné à vie et non condamné à mort.

Cet Eustache Danger, quoique appelé "misérable" par Louvois, ne semble pas avoir commis de crime, il a semble-t-il eu connaissance de secret d'Etat qu'il convenait de protéger.

Après la « guerre de Dévolution » qu'il doit arrêter sous la pression des Etats européens, Louis XIV tente de briser l'alliance entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande.

Son objectif était d'obtenir l'alliance des Anglais contre les Hollandais.

Le roi d'Angleterre, Charles II, fils d'Henriette-Marie de France (fille d'Henri IV et soeur de Louis XIII) et de Charles I, est un homme de plaisir, toujours à court d'argent (En 1662, il vendra Dunkerque à Louis XIV pour 40 000 £). Il signe en 1670 le traité de Douvres, traité qui lui accorde une pension de la France (200 000 £ par an) mais qui doit demeurer secret.

Eustache Danger a t il servi de missionnaire-facteur entre Charles II d'Angleterre, sa soeur, Henriette
d' Angleterre et Louis XIV lors des négociations de ce traité ?

Son seul crime est peut être d'avoir été trop curieux... et encore ce n'est qu'une hypothèse ! Sa condamnation à mort ne se justifie donc pas. Il n'est pas le seul à être emprisonné à vie pour des cas similaires et il n'est pas le seul à porter un masque pour éviter d'être reconnu.

Si son cas n'avait pas été évoqué par Voltaire, on n'en aurait sans doute, jamais entendu parler.