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" UNE HISTOIRE DE LA PEINTURE CHINOISE :
                                                             UN APERÇU "


par Jean Roussaux et Cham Amoros



Avertissement : Embrasser en un texte court les 25 siècles de l'histoire de la peinture chinoise ne peut éviter les omissions et les imperfections dans les interprétations. L'étude de cette histoire est compliquée car les artistes sont souvent connus sous des noms différents et les dates de leur activité sont parfois connues approximativement. Enfin les peintres chinois ont beaucoup copié les œuvres de leurs prédécesseurs, non par plagiat mais pour rendre hommage à leurs devanciers célèbres. L'authentification d'une œuvre en est donc souvent rendue difficile. Les peintres cités et les œuvres qui illustrent leur style pictural résultent d'un choix délibéré des auteurs. Ils ne sont peut-être pas toujours les plus représentatifs d'un courant et l'œuvre présentée n'est peut-être pas toujours parmi les plus significatives. Malgrè ces imperfections les auteurs espèrent que ce bref exposé permettra au lecteur d'apprécier la richesse de la peinture chinoise.

La civilisation chinoise est une des civilisations les plus anciennes. Par ses caractéristiques bien différentes des modèles occidentaux, par son éloignement et les difficultés de sa langue, par son développement longtemps en vase clos, elle est souvent mal comprise des européens et un peu ignorée des livres d'histoire. Pourtant dans sa longue histoire mouvementée, faite d'invasions, de partages du territoire et de réunifications, la Chine a néanmoins évolué tout en restant très respectueuse de la tradition. Elle s'est développée avec une vision du monde modelée par le confusianisme, le taoïsme et le bouddhisme dont les valeurs, parfois contradictoires, étaient bien différentes de celles des sociétés chrétiennes ou islamiques. Alors que celles-ci font de Dieu la toute-puissance, l'homme se pliant à ses règles, dans l'idéal chinois l'homme n'existe que par ses relations avec ses semblables et par la recherche d'un équilibre dans la nature, celui du yin et du yang, un peu l'équivalent du « bien et du mal » mais sans avoir la rigueur de cette dualité, ces deux approches étant à la fois opposées mais susceptibles de s'interpénétrer. Dès lors homme et nature devinrent les préoccupations constantes des peintres chinois. C'est dans ce contexte qu'il faut apprécier la richesse de la peinture chinoise et sa signification.


Les origines


Les origines de la peinture chinoise sont assez imprécises car beaucoup d'œuvres fragiles ont disparues, d'autres ont été perdues lors de la destruction de temples ou lors d'incendies. Si les premières traces, difficiles à dater, sont probablement les pétroglyphes peints sur les parois rocheuses de sites anciens, probablement du paléolithique, les premiers documents historiés remontent à 500 -200 av JC. Il s'agit de scènes en relief sur des vases de bronze (fig 1) et de peintures murales liées aux rites funéraires. On trouve également les premières peintures sur soie (fig 2) découvertes dans la province du Hunan. Mais c'est sous les dynasties que la peinture chinoise acquerra véritablement ses lettres de noblesse.



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Fig 1 : Vase de bronze, détail                          Fig 2 : peinture sur soie

La peinture des origines à la dynastie des Tang (150 av JC-618 ap JC)


Cette période voit se succéder plusieurs dynasties entrecoupées de partage de l'état, de luttes intestines (période des royaumes combattants, période des trois royaumes) et de réunifications aboutissant à un empire unifié sous la dynastie des Tang. C'est pendant cette période troublée que commence la construction de la grande muraille (sous le premier empereur* Qui Shi Huang (259-210 av JC) et que le confusianisme et que le bouddhisme arrivent en Chine. C'est aussi la première ouverture de la Chine vers l'occident avec l'apparition de la route de la soie.

*C'est dans le Mausolée de ce premier empereur que l'on a découvert en 1974 la fameuse armée de soldats en argile cuite, armée qui fut rapidement inscrite au patrimoine mondial de l'humanité établi par l'UNESCO.

La peinture chinoise de cette époque est l'œuvre d'artisans. Elle a une fonction religieuse ou décorative. Les sujets principaux sont des représentations d'animaux ou de personnages, le paysage n'y ayant que peu de place. De la dynastie des Han (206 av JC-220) les témoignages graphiques sont surtout portés par les reliefs de pierres ou de briques peintes (fig 3) qui décorent les tombeaux. A l'époque de la dynastie des Jin (265-420), la peinture était réservée à l'aristocratie et aux lettrés, seules personnes ayant le temps nécessaire pour arriver à maîtriser l'art de manier le pinceau, à la fois pour la calligraphie*, qui atteint son plein épanouissement lors de la division politique de la Chine sous les six dynasties (265-281) et pour la peinture, les deux arts étant étroitement liés (fig 4)

*La calligraphie c'est l'écriture utilisée à des fins plastiques. L'écriture chinoise, inventée vers 5000 ans av JC, est particulièrement favorable à un traitement pictural, chaque caractère, combinaison de traits s'inscrivant dans un carré imaginaire, constituant une unité plastique. Bien que le texte ait une signification précise, l'appréciation d'une calligraphie est pratiquement indépendante de celui-ci. La calligraphie a pris naissance à l'époque des Han comme une discipline spirituelle d'une élite intellectuelle, les lettrés.


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Fig 3 : Epoque Han, spectateurs                                 Fig 4 : Kou K'ai-tche          Fig 5 : Touen-Houang
                             Conseil aux dames du Palais


La dynastie des Tang (618-907)


L'époque de la dynastie des Tang (618-907) est marquée par le triomphe du bouddhisme dont le répertoire iconographique est revisité par la peinture chinoise. Beaucoup de ces peintures ont disparu mais des traces subsistent retrouvées dans le site de Touen- Houang (Dunhuang) dans des grottes sacrées aux parois recouvertes de plâtre et ornées de fresques. Les quelques documents (fig 5) qui y furent découverts sont conservés au British Museum, à la Bibliothèque Nationale ou au Musée Guimet.

C'est aussi à cette époque, sorte d'âge d'or de la peinture chinoise, que s'épanouit véritablement la peinture figurative. La cour impériale est alors largement représentée et dans toute sa splendeur, notamment par Zhou Fang (Tchou Fang,730-810 ?) (fig 6). L'époque Tang vit aussi naître une nouvelle forme d'art, celle du maître Wu Daozi (Wu Tao-tzu,680-740) qui utilisait uniquement de l'encre noire étalée par de libres coups de pinceaux, contrairement aux techniques pratiquées jusque-là où les traits à l'encre servaient de contour à des personnages à la fois très colorés et très détaillés. Wu Daozi a, semble-t-il, réalisé beaucoup de peintures murales dans des temples ou au palais impérial. Il reste peu de son œuvre aussi est-il surtout connu par l'influence qu'il a exercée sur de nombreux artistes.



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Fig 6 : Dames de la cour jouant au double-six         Fig 7 : rivière et montagnes sous la neige     

C'est également sous les Tang que s'épanouit la peinture monochrome de paysages plus destinée à exprimer le rythme de la nature que son image. Le paysage monochrome exécuté selon la technique du lavis a été inventé par Wang Wei (701-761), peintre (fig 7), musicien et poète dont les poèmes ont été mieux conservés que ses peintures. De nombreux disciples adoptèrent cette technique (école du sud) où l'encre est façonnée de manière libre et spontanée. Enfin un artiste se singularise par son thème de prédilection : c'est Han Kan (Han Gan,706-783 environ) le peintre du cheval (fig 8).



Les cinq dynasties et la dynastie des Song (907-1279)


Des révoltes, une influence croissante des généraux et des gouverneurs de provinces avaient progressivement affaibli le pouvoir central des Tang et abouti à sa chute. Pendant plus d'un demi-siècle la Chine fut alors morcelée et gouvernée par cinq dynasties éphémères. Pourtant ces années troubles ne furent pas défavorables à la création artistique et en particulier à l'épanouissement du paysage peint.

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Fig 8 : Han Kan, cheval attaché à un pieu         Fig 9 : Kiu- Jan           Fig 10 : Dong Yuan, paysage

Deux artistes, les plus fameux d'une génération comptant de nombreux peintres exploitant la technique du lavis, pinceau et encre, sont Dong Yuan (Tong Yuan, Shuda,934 ? - 962) et son disciple Kiu-Jan (Juran), un prêtre bouddhiste. La production de ces deux artistes présente bien des similitudes qui peuvent faire parfois douter de l'exactitude des attributions. Dans le tableau de l'un (encre sur papier) (fig 9) le paysage est impressionnant, la composition comporte de multiples détails, les collines, comme reproduites en série, sont modelées par des courbes parallèles évoquant des strates ou un sol raviné, la masse de cette nature écrase la présence humaine qu'évoquent le chemin et quelques cabanes à peine perceptibles près de la rivière. Chez l'autre (fig 10), la composition est moins massive, la perspective presqu'occidentale et la représentation des collines y est plus variée, un peu de couleur, peut-être souvenir de la période Tang, vivifie cette œuvre sur soie dans laquelle l'encre reste quand même prédominante. Pourtant dans ces deux tableaux la composition respecte la perspective cavalière à la chinoise qui permet de voir les plans les plus éloignés au-dessus des plans les plus proches : une manière d'appréhender la totalité du paysage. Enfin ces deux paysages sont grandioses sans être terrifiants, ils plongent le spectateur dans l'univers vaste de la nature dans lequel l'homme ne joue qu'un rôle secondaire.

Durant la période Song (960-1279), la peinture devient une représentation visuelle des concepts taoïstes et bouddhistes. C'est aussi durant cette période que le mandarin, un peu pharmacologue et poète Su Shi (1037-1101) et son cercle de lettrés s'adonnent en amateur à la peinture, en utilisant leurs capacités en calligraphie. Su Shi formule pour la première fois les principes de la peinture des lettrés et réalise une heureuse synthèse entre confusianisme, taoïsme et bouddhisme.



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Fig 11 : Xu Daoning                         Fig 12 : Fan K'ouan        Fig 13 : sapins et montagnes

D'un peintre peu documenté, Xu Daoning (Siu Tao-ning, 970 ? -1051 ?) on dispose d'un rouleau présentant un des tableau les plus intéressant (fig 11). Il s'agit d'un paysage lunaire où les montagnes ont des pointes aigues encore renforcées par les pointements vigoureux des arbres. Les personnages minuscules montrent bien que l'homme est un élément mineur de la nature. Fan K'ouan a été considéré comme le « Maitre des hauteurs et des lointains », son inspiration artistique reste en communion avec la nature. Il crée une nouvelle manière d'appréhender la forme en employant pointillé et hachures (fig 12). L'une des figures illustres de la peinture chinoise est Mi Fu (Mi Fou, Mi Fei,1051-1107). Des générations d'artistes ont peint selon son style mais l'authenticité de beaucoup de ses œuvres est discutée. Il peint une nature accueillante et harmonieuse, le paysage est réduit à ses éléments primordiaux (fig 13) dans une composition poétique bien éloignée des tableaux chargés d'autres maitres de l'époque.

Un autre courant de la peinture sous les Song est l'attention portée aux fleurs, aux oiseaux et aux animaux. Un représentant de cette tendance est I Yuan-ki. Sa biographie est des plus vagues et il est surtout connu pour ses images de singes(fig14) et de daims. D'autres comme Li Ti (Li Di,1100-1197) ont peint des paysages rustiques (fig 15). Traités avec élégance, les deux buffles d'eau sont très vivants et, là encore, l'homme s'efface devant la nature : perché sur son buffle, il est à peine visible.



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Fig 14 : I Yuan-ki, singe et chat      Fig 15 : Bouviers revenant chez eux      Fig 16 : Mou k'I, six kakis

A la même époque, s'illustre la peinture Tch'ang. Née peut-être sous la dynastie des Tang, elle doit son nom à une secte bouddhique (tch'an « contemplation », le zen des japonais). Elle cherche à saisir un moment de la réalité visuelle dans son irréductible singularité. Des natures mortes (fig16) ou des portraits s'inscrivent dans cette tendance qui doit plus à la mystique taoïste qu'à l'orthodoxie bouddhique. Enfin Tch'en Yong (vers 1250) fut certainement le peintre le plus célèbre de dragons (fig 17), cet animal fabuleux si intimement associé à la pensée chinoise et contemplé à la fois avec crainte et affection.



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Fig 17 : Les neuf dragons,      Fig 18 : Kao K'O-kong      Fig 19 : Ni-Tsan, paysage
fragment d'un rouleau                                                                                    


La dynastie des Yuan (1271-1368)


Les invasions mongoles provoquent la chute de la dynastie des Song et le petit-fils de Gengis Kahn, Kubilaï fonde la fugace dynastie Yuan. Une période de paix (Pax mongolica) permet une ouverture aux apports étrangers. C'est l'époque du voyage de Marco Polo (1271-1295) qui demeura au service de Kubilaï. La route de la Chine par la mer noire est réputée sûre. La dynastie Yuan adopte Pékin comme capitale. Bien que de nombreux trésors aient été détruits pendant cette courte période, la peinture n'en résista pas moins, les artistes se référant, peut-être par refus de la domination mongole, aux œuvres des peintres du Xème siècle.

Pendant cette période conservatrice, la poésie et la calligraphie furent étroitement intégrées à la peinture par le biais de poèmes calligraphiés suivis du sceau de l'artiste, habituellement disposé sur un côté de la peinture. Ainsi furent établies les bases de la peinture de l'école des lettrés, wen jen houa, une recherche picturale personnelle teintée de spiritualité qui aura une grande influence sur l'évolution de la peinture en Chine et au Japon. Le paysage est dominé par des maitres éminents comme Kao K'o-kong (Gao Kegong, 1248-1310) et Ni Tsan (1301-1373 ?). Dans une œuvre attribuée au premier (fig 18), encre et couleur, réhaussant les effets de brume, permettent de distinguer nettement des plans successifs. Dans le paysage de Ni Tsan (fig 19), l'encre est maniée avec parcimonie, « comme de l'or » disent les chinois, le blanc du papier y donne une profondeur et les montagnes du lointain un effet de perspective presqu'occidentale.



La dynastie des Ming (1368-1644)


Une famille régnante exclusivement chinoise succéda au régime mongol. La période Ming est une période de reconstruction et de rétablissement des institutions culturelles des Song. Des centres intellectuels comme Hang-tcheou et Sou-tcheou se développèrent ainsi que de grandes bibliothèques et des collections d'œuvres d'art. C'est la raison pour laquelle les documents de la période Ming sont beaucoup plus nombreux que ceux de la période Song. Toutefois cette prospérité n'encouragea pas la création artistique, poésie et peinture copièrent trop souvent celles des dynasties antérieures, Tang et Song, ce qui pour un occidental est rédhibitoire. C'est oublié que pour le peintre chinois, l'originalité est secondaire, son but étant de transmettre l'influx cosmique, une vision panthéiste du monde.



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Fig 20 : Dai Jin             Fig 21 : portrait de Shen Zhou                 Fig 22              Fig 23 : Liu Ki     

Pendant la période Ming se manifeste encore le courant de peinture professionnelle. Il est illustré par les maitres Dai Jin (Tai Tsin,1388 ? -1462),école Zhe, qui s'inspire souvent des paysages de la cour des Song(fig 20) et Wu Wei(1459-1509) fondateur de l'école de Jiangxia. Persiste aussi le courant des peintres lettrés qui est dominé par la forte personnalité de Shen Zhou (Chen tcheou,1427-1509) (fig 21), fondateur de l'école de Wu (actuelle Suzhou). Ses compositions sont de pures constructions, intellectuelles, non des copies de la nature mais des œuvres inspirées par ses devanciers, en particulier ceux de l'époque Yuan (fig 22)

C'est aussi sous la dynastie des Ming que s'édifie le style académique décoratif de la peinture chinoise bien illustré par Liu Ki (Lü Ki, Liu Chi,1477- ?) peintre de figures, d'oiseaux et de fleurs (fig 23) et que se détachent deux artistes indépendants, caractérisés par le manque de rigueur de leurs mœurs. C'est T'ang Ying (Tang Yin,1470-1523) qui est pourtant une figure populaire de l'art chinois (fig 24) et Siu Wei (Xu wei,1529-1593), peintre d'oiseaux, de fleurs et de plantes avec une prédilection pour les bambous. Son œuvre atteint parfois une telle apreté qu'elle parait transgresser toutes les règles de la peinture classique (fig 25). Elle inspirera des peintres de la Chine moderne. Comment en effet ne pas voir dans ce tableau la préfiguration des tendances abstraites.



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Fig 24 : poète et courtisanes      Fig 25 : Siu Wei                           Fig 26 : Pavillon sur la colline     

A la fin de la période Ming, un amateur cultivé, Dong Qichang (Tong K'i-tchan, 1555- 1636) a dominé par ses tableaux (fig 26) et par ses théories esthétiques la production lettrée, bien que les opinions des historiens sur son œuvre soient divergentes.



La dynastie des Quing, mandchoue (1644-1911)


Après le renversement de la dynastie des Ming, le pouvoir mandchou unifia la Chine en s'emparant de nouveaux territoires comme le Tibet et la Mongolie. Si le XVIIème et le XVIIIème siècles furent des périodes plutôt prospères pour le pouvoir des Qing, celui-ci s'affaiblit au cours du XIXème siècle, en particulier du fait de la corruption intérieure et de l'ingérence croissante des puissances occidentales dans les échanges commerciaux. La situation devint rapidement dramatique pour le régime mandchou lorsqu'éclata la fameuse guerre de l'opium (1840) dont l'un des résultats fut la perte de Hong-kong et l'installation des concessions. Des révoltes qui ne furent vaincues que grâce aux interventions des occidentaux et de nouvelles guerres perdues contre la France (1883) ou le Japon (1894) achevèrent de dégrader le pouvoir impérial. Malgré une volonté de réformes, le pouvoir ne put empêcher le développement d'idées révolutionnaires et d'une période de guerre civile qui entraina l'abdication du dernier empereur quing, Puyi.

Au cours de la dynastie des Qing la peinture chinoise évolue dans deux directions. Certains peintres perpétuent la tradition lettrée défendue par Dong Qichang à l'époque des Ming mais d'autres se révoltent contre cette tradition, se revendiquant Individualistes. Les précurseurs de ce mouvement, au début de l'époque qing seront Zhu Da (Tchou-ta, Pa-ta Chan jen, Badashan ren,1625-1705), perfectionniste dans les petits formats de fleurs, d'insectes, d'oiseaux ou de poissons et Shitao (1641-1719 ?), à la palette variée, des paysages (fig 27) aux sujets botaniques et aux portraits. Les individualistes préconisent un coup de pinceau plus libre et revendiquent une composition personnelle et une originalité de facture faisant parfois appel à des techniques innovantes. Ce courant culmine au XVIIIème siècle avec peut-être plus de cent peintres de renom parmi lesquels les huit excentriques de Yangzhou, tels que Li Shan (Li Chan, 1686-1754) ou Zheng Xie ((Zheng Banqiao,1693-1765). Les compositions sont souvent des fleurs et des plantes. (fig 28, fig 29))



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Fig 27 : Shitao          Fig 28 : Li Shan, bambous dans la brume                      Fig 29 : Zheng Xie     

La frontière entre individualistes et peintres traditionnalistes n'était cependant pas aussi tranchée qu'on pourrait le croire, comme le montre l'œuvre de Yun Shouping ( Nantian, Yun Cheou-p'ing,1633-1690), d'abord peintre de paysages puis de fleurs, particulièrement habile dans ce que les chinois appelle la « méthode invertébrée ou peinture sans os », dans laquelle le contour de l'objet disparait laissant place uniquement à la couleur(fig 30).



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Fig 30 : Yun Shouping       Fig 31 : Ren Yi                      Fig 32 : Huan Binhong                     

Au XIXème siècle, du choc entre traditions et modernité, émergent de nouveaux styles de peinture. L'école de Shangaï raconte des histoires de personnages célèbres mais produit aussi des portraits, des images de plantes, de fleurs et d'oiseaux. Parmi les peintres de cette école citons Ren Yi (Jên I, Ren Bonian, Jèn Po-Nien,1840-1896). Ses peintures de thèmes populaires et de personnages sont exécutées avec des lignes fluides, ses oiseaux et fleurs sont superbes (fig 31), son talent parfois insolite.

Pendant cette période, certains artistes ayant étudié la peinture européenne rejetèrent carrément les techniques ancestrales, d'autres cherchèrent à combiner technique traditionnelle et technique occidentale.



La peinture chinoise dans les conflits (1911-1949)


La chute du pouvoir impérial n'inaugure pas pour le Chine une période de calme politique. Des courants contradictoires, nationalistes et communistes, qui s'affrontent, l'invasion japonaise de 1934 en Mongolie et d'une grande partie de la Chine en 1937, aboutirent en 1949 à la scission de la Chine en deux états, la Chine communiste et la république de Taïwan, nationaliste, dominée par le Kuomintang.

La peinture chinoise de cette époque est traversée par des courants divers. Quelques artistes sortent du lot qui illustrent certaines de ces tendances. Huang Binhong (1865- 1955) , enseignant et théoricien de l'histoire de l'art à Shangaï, est considéré comme l'un des grands peintres modernes du paysage(fig 32). Puru (Pu Xinyu,1896-1963), un peintre calligraphe, cousin de l'ancien empereur Pu Yi, reste attaché aux valeurs académiques (fig 33). Zhang Daqian (1899-1983) produit d'abord des œuvres (fig 34) inspirées par des peintres de l'époque qing comme Kun Can, Zhu Da ou Shitao et par des peintres des époques ming et yuan. Puis il réalise des copies de fresques murales des grottes des mille bouddhas.



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Fig 33 : Pu Xinyu              Fig 34 : Zhang Daqian          Fig 35 : Fu Baoshi   

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Fig 36 : Xu Beihong, huit chevaux                               Fig 37 : La rêveuse

Avec Fu Baoshi (Fu Pao-Shih,1904-1965) on trouve un artiste qui a introduit dans la peinture chinoise une nouvelle conception de l'espace (fig 35). C'est un historien de l'art à l'origine du mouvement de la Nouvelle Peinture chinoise. Xu Beihong (Jupéon, 1895-1953) est particulièrement connu pour ses réprésentations de chevaux (fig 36). Dès 1919, à Paris, il apprend les techniques de dessin et de peinture à l'huile, et il a le mérite d'être un des premiers à adapter la peinture occidentale à la peinture chinoise. Pour un temps parisienne également Pan Yuliang (1895-1977) (fig 37) est une femme peintre qui après avoir étudié à Shangaï entre à l'école des Beaux-Arts de Paris en 1923.L'un de ses thèmes favoris est le nu qui à l'époque faisait encore scandale en Chine.



La peinture chinoise contemporaine.


A partir de 1949 le pouvoir communiste proclame la République Populaire qui introduit de profondes réformes dans les domaines social, économique et culturel ; Elles ne donneront pas les succès escomptés. A un calme relatif succède la Révolution Culturelle destinée à défendre les idéaux communistes. Elle engendre de nombreux excès et la destruction de nombreuses traces culturelles du passé. A la mort de Mao Zedong (1976) le régime communiste stabilisé accroit les échanges avec l'étranger et s'ouvre aux investissements occidentaux. Ce développement économique ne supprime pas toutefois l'aspiration en faveur de réformes démocratiques, parfois fortement réprimée, comme la révolte de la place Tian'anmen.

Durant les premières années de la République Populaire de Chine, le réalisme socialiste est encouragé et les artistes sont souvent contraints à produire massivement des œuvres au sujet vantant les mérites du régime, cette œuvre (fig 38) de Liu Chunhua (né en 1944) en est un exemple. L'essor que la peinture traditionnelle chinoise avait connu après la Campagne des Cent Fleurs (1956-1957) destinée à donner, pour des raisons politiques, une certaine liberté d'expression aux intellectuels, se trouva brisé par la Révolution culturelle qui ferma les écoles d'art et interdit toute exposition et publication artistiques.



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Fig 38 : Mao à Shinua              Fig 39 : Huang Rui, sans titre          Fig 40 : Shao Fei, sans date

La fin de la Révolution Culturelle inaugura une période d'échanges avec les artistes occidentaux, apportant aux peintres chinois des techniques et des sujets nouveaux. La nouvelle peinture chinoise s'intègre alors à l'art contemporain international. En 1979 se crée un groupe d'artistes amateurs expérimentaux comportant des peintres et des sculpteurs baptisé Xing Xing (les étoiles) qui ouvre la voie à une relative liberté dans expression artistique, allant jusqu'à l'exposition des œuvres dans la rue. Parmi ses membres Huang Rui (né en1952) (fig 39) peut-être l'un des plus importants peintres de ce groupe qui compte aussi une femme Shao Fei (née en 1954), à la palette plutôt décorative (fig 40). D'autres groupes voient le jour, Cicatrice (Scar Art) avec Chen Yiming (né en 1951), (fig 41) ou le groupe terre natale (Native Soil Art) aux huiles proches de l'hyperréalisme dont l'un des membres, Chen Danqing (né en 1953) s'inspire volontiers des Classiques comme Millet dans sa série tibétaine (fig 42).

En 1989, l'exposition (non officielle) « Art moderne chinois » à la National Art Gallery de Pékin rassemble presque 200 artistes contemporains les plus représentatifs. Y exposent Wang Guangyi (né en 1957) fondateur du mouvement Political Pop Art qui juxtapose affiches publicitaires et affiches vantant la Révolution Culturelle(fig43), ainsi que Ye Yongqing (né en 1958) et Fan Lijun (né en 1963) (fig 44). Depuis les années 2000, plusieurs expositions s'ouvrent aux styles de l'art occidental et le régime de la République Populaire se montre moins hostile à l'art contemporain chinois, favorisant même son exportation dans le monde. Beaucoup d'artistes ayant émigrés, la production artistique de la diaspora chinoise est devenue très importante, à la suite de précurseurs comme Zao Wou-Ki (1920-2013) (fig45) dont la production extrêmement variée s'est en partie déroulée en France.



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Fig 41 : Chen Yiming                    Fig 42 : Chen Danqing                    Fig 44 : Fan Lijun

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Fig 43 : Wang Guangyi                                           Fig 45 : Zao Wou-Ki, hommage à Monet   

La peinture chinoise et le marché de l'art.


Actuellement le marché de l'art contemporain chinois est florissant, les œuvres des anciens maitres étant aussi recherchées que celles des peintres contemporains. Curieusement, les riches amateurs chinois semblent investir plutôt dans des œuvres anciennes ou modernes chinoises que dans celles de peintres occidentaux. Comme le marché de l'art est devenu une affaire essentiellement économique, des problèmes de fraudes et d'authenticité se posent évidemment, d'autant plus qu'historiquement la peinture chinoise est très souvent le travail de copistes si habiles qu'il devient difficile d'attribuer une œuvre à un auteur donné. Ainsi des polémiques surgissent comme par exemple celle des copies de maitres anciens réalisées par Zhang Daqian ou l'accusation de plagiat à l'égard du peintre Ye Yongqing.

Que ce bref tour d'horizon sur l'histoire de la peinture chinoise soit pour le lecteur l'occasion d'approfondir ses connaissances sur les réalisations d'une civilisation millénaire.



" Quelques beaux exemples de peinture
                                            chinoise traditionnelle "





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J.R / C.A - 09/2021